Il n’y a pas une journée qui passe sans que je regarde cette photo de toi et Mao. C’était ta première visite depuis ton opération. Tu m’as fait un câlin et tu as enlevé ton chapeau, en disant à quel point ça faisait du bien. Tu t’es assis sur le divan en me disant de me gâter, mais de ne rien arracher. Tu savais fort bien que je voudrais tout inspecter. Après tout, une greffe de peau sur un crâne nu, ce n’est pas banal.

Tout comme Mao, qui s’est couché sur tes cuisses, te regardant dans les yeux. Tu n’as rien dit, tu le caressais, tes yeux miroitants dans les siens. Ton crâne n’avait plus d’intérêt. Tu étais assis avec Mao sur toi, tu le flattais. Je ne sais pas ce que vous vous êtes dit durant cette minute à vous regarder. Le temps s’est arrêté. Mon chat sauvage, que personne ne pouvait approcher — encore moins toucher sans un grognement ou un coup de dents — et toi, mon meilleur ami, qui n’aimait pas les chats, encore moins les chats qui montaient sur toi, sur tes jeans noirs… Tu levais les bras, pas question de les toucher, et j’allais te libérer de l’intrus mal élevé que tu n’oubliais jamais de mentionner.

Ce moment… cet improbable moment que j’aurais voulu ne jamais voir s’arrêter, que je ne me rappelle même pas avoir photographié, et pourtant cette photo est là. Et quand je la regarde, je suis certaine que tu es la première personne qu’il a cherchée quand il est parti lui aussi, il y a presque deux mois.

Mao est devenu le chat le plus affectueux du quartier, connu de tous. J’ai des tonnes de photos prises par les gens chez qui il allait chercher sa dose de câlins, ou dormir dans un hamac, ou dans la niche du Husky, couché à ses côtés à l’extérieur, le proprio se demandant comment il allait sortir Mao de là vivant. Déjà qu’il y soit relevait du mystère. Mao est sorti par lui-même, a traversé le terrain avec sa nonchalance habituelle, s’arrêtant même pour un petit nettoyage, puis il a poursuivi son chemin chez le voisin. Le Husky l’a suivi, essayant même de renifler son identité, qu’il a plutôt eue par un « pssst » convaincant. Le proprio en parle encore.

Exactement comme toi : il connaissait tout le monde, toujours de bonne humeur, d’une gentillesse véritable et d’une loyauté que rien n’a pu ébranler. Toi, tu te battais contre la maladie qui gagnait du terrain, mais tu disais toujours aller bien. Penser à l’autre d’abord, c’était toi aussi. Tu ne voulais pas m’inquiéter ni me faire pleurer. Tu souffrais et je n’en savais rien, au point de vouloir retrouver la paix. La maladie, personne n’y pouvait rien. Tu es parti entouré des tiens, entouré d’amour. Tu souriais jusqu’à la fin, mais je n’en savais rien.

Je mentirais si je disais que je ne t’en ai pas voulu, ou que je n’ai pas levé les yeux au ciel quelques fois pour hurler “pourquoi?”. Parce que tu étais comme ça : autant tu étais toujours là pour écouter et réconforter, autant tu gardais tout pour toi quand ça n’allait pas. Tu es parti là-bas le 26 décembre, jour du 10e anniversaire du décès de ma mère. Je me suis couchée ce soir-là sans savoir que je me lèverais le lendemain et que tu serais parti toi aussi.

Mao continuait à faire sourire, à suivre les enfants dans la rue, à les faire rire, à rester allongé dans les entrées quand les proprios arrivaient en auto, à inspecter les sacs d’épicerie et à manger beaucoup trop de gâteries. J’ai remarqué pendant quelques jours qu’il n’entrait pas la nuit, et quand il entrait, il mangeait et ressortait comme si quelque chose pressait.

Un matin, j’ai vu Mao dans l’entrée, et quelque chose entrer dans le bois. Le soir, en sortant, je l’ai vu sortir de sous la galerie et prendre la fuite : un chaton. Un petit et maigre chaton. Un chaton roux et blanc, ressemblant à Mao sans aucun lien de parenté. Le chaton revenait et dévorait les bols de lait faits pour les très jeunes chatons. Mais dès qu’il me voyait, il fuyait. Un chaton né à l’extérieur, errant, n’ayant jamais vu ou approché d’humains. Il se rapprochait, a commencé à me tolérer à trente pieds, à rester sur le terrain en permanence, et jouait avec Mao.

Puis un matin, je me suis levée : Coco et le chien étaient dans la porte-patio, concentrés à regarder je ne savais quoi. J’ai vu Mao, qui n’était pas seul. Assis sur la plus haute marche, près de la porte, se trouvait avec lui une petite face qui ne semblait pas craindre les autres poilus à l’intérieur. Je devais ouvrir la porte sans trop être vue et faire en sorte que ceux à l’intérieur ne se retrouvent pas dehors. Le chien fut facile à mettre dans sa cage avec un os. Coco est trop curieux pour ne pas rester à inspecter la petite chose. J’ai ouvert la porte, Mao est entré immédiatement, suivi comme son ombre du petit. C’était le 19 septembre.

Je ne pouvais pas l’approcher ni le toucher, mais il était correct avec le chien et le chat. J’ai pris un rendez-vous chez le vétérinaire pour le faire examiner et vacciner.

Puis, le 22 septembre tard en soirée, j’ai entendu pour la première fois le petit miauler. Il était avec Mao sur le comptoir pour manger, et tout de suite j’ai vu que quelque chose n’allait pas avec Mao. Bouche ouverte, langue sortie, aucun mouvement d’estomac ou de tête comme s’il allait être malade. Je me suis précipitée, l’ai déposé au sol sur une serviette : il ne respirait pas. J’ai fait les manœuvres comme s’il s’étouffait, sa langue devenue bleue. J’ai changé pour les massages, les insufflations : l’air ne passait pas et je voyais qu’il était mou. Seuls ses yeux, qui me regardaient, me disaient qu’il ne restait que quelques secondes.

Je l’ai pris dans mes bras, collé contre mon cœur, je l’ai regardé tendrement en souriant et en le couvrant de « je t’aime ». Il a dû en entendre juste un… et il est parti. Je l’ai enveloppé dans sa doudou et je l’ai gardé dans mes bras toute la nuit à lui parler. Les trois autres sont restés à ses côtés sans déranger jusqu’au petit matin, quand je suis allée le porter pour la crémation.

Combien de temps, ou comment il a réussi à ramener avec lui un chaton à la maison, en lieu sûr, sachant que je m’en occuperais pour la vie… Je ne peux que me dire que c’est toi. Toi qui lui as appris la bonté, la générosité, la gentillesse, et qu’aider les autres est ce qu’il y a de plus satisfaisant, surtout quand ça fait toute la différence. Peut-être l’as-tu aidé de là-haut aussi. Je ne saurai jamais.

Il s’appelle Mika. Il a cinq mois maintenant. Je réussis à le flatter un peu, mais pas encore à le prendre. Mao avait été trouvé errant aussi, et quand je l’ai adopté à la SPA, il commençait à se laisser prendre par le personnel.

Et cette photo de toi et lui, que je regarde chaque jour, me demande ce que vous avez bien pu vous dire. Sentiez-vous tous les deux que votre séjour ici achevait?

Mario, tu as été — et tu es toujours — mon meilleur ami depuis si longtemps. And there are times when I have to shake my head because I can’t believe that you’re gone, and that I will never have the chance to say goodbye. I love you so much, my friend, and I miss you…

Il n’y a pas une journée qui passe sans que je regarde cette photo de toi et Mao. C’était ta première visite depuis ton opération. Tu m’as fait un câlin et tu as enlevé ton chapeau, en disant à quel point ça faisait du bien. Tu t’es assis sur le divan en me disant de me gâter, mais de ne rien arracher. Tu savais fort bien que je voudrais tout inspecter. Après tout, une greffe de peau sur un crâne nu, ce n’est pas banal.

Tout comme Mao, qui s’est couché sur tes cuisses, te regardant dans les yeux. Tu n’as rien dit, tu le caressais, tes yeux miroitants dans les siens. Ton crâne n’avait plus d’intérêt. Tu étais assis avec Mao sur toi, tu le flattais. Je ne sais pas ce que vous vous êtes dit durant cette minute à vous regarder. Le temps s’est arrêté. Mon chat sauvage, que personne ne pouvait approcher — encore moins toucher sans un grognement ou un coup de dents — et toi, mon meilleur ami, qui n’aimait pas les chats, encore moins les chats qui montaient sur toi, sur tes jeans noirs… Tu levais les bras, pas question de les toucher, et j’allais te libérer de l’intrus mal élevé que tu n’oubliais jamais de mentionner.

Ce moment… cet improbable moment que j’aurais voulu ne jamais voir s’arrêter, que je ne me rappelle même pas avoir photographié, et pourtant cette photo est là. Et quand je la regarde, je suis certaine que tu es la première personne qu’il a cherchée quand il est parti lui aussi, il y a presque deux mois.

Mao est devenu le chat le plus affectueux du quartier, connu de tous. J’ai des tonnes de photos prises par les gens chez qui il allait chercher sa dose de câlins, ou dormir dans un hamac, ou dans la niche du Husky, couché à ses côtés à l’extérieur, le proprio se demandant comment il allait sortir Mao de là vivant. Déjà qu’il y soit relevait du mystère. Mao est sorti par lui-même, a traversé le terrain avec sa nonchalance habituelle, s’arrêtant même pour un petit nettoyage, puis il a poursuivi son chemin chez le voisin. Le Husky l’a suivi, essayant même de renifler son identité, qu’il a plutôt eue par un « pssst » convaincant. Le proprio en parle encore.

Exactement comme toi : il connaissait tout le monde, toujours de bonne humeur, d’une gentillesse véritable et d’une loyauté que rien n’a pu ébranler. Toi, tu te battais contre la maladie qui gagnait du terrain, mais tu disais toujours aller bien. Penser à l’autre d’abord, c’était toi aussi. Tu ne voulais pas m’inquiéter ni me faire pleurer. Tu souffrais et je n’en savais rien, au point de vouloir retrouver la paix. La maladie, personne n’y pouvait rien. Tu es parti entouré des tiens, entouré d’amour. Tu souriais jusqu’à la fin, mais je n’en savais rien.

Je mentirais si je disais que je ne t’en ai pas voulu, ou que je n’ai pas levé les yeux au ciel quelques fois pour hurler “pourquoi?”. Parce que tu étais comme ça : autant tu étais toujours là pour écouter et réconforter, autant tu gardais tout pour toi quand ça n’allait pas. Tu es parti là-bas le 26 décembre, jour du 10e anniversaire du décès de ma mère. Je me suis couchée ce soir-là sans savoir que je me lèverais le lendemain et que tu serais parti toi aussi.

Mao continuait à faire sourire, à suivre les enfants dans la rue, à les faire rire, à rester allongé dans les entrées quand les proprios arrivaient en auto, à inspecter les sacs d’épicerie et à manger beaucoup trop de gâteries. J’ai remarqué pendant quelques jours qu’il n’entrait pas la nuit, et quand il entrait, il mangeait et ressortait comme si quelque chose pressait.

Un matin, j’ai vu Mao dans l’entrée, et quelque chose entrer dans le bois. Le soir, en sortant, je l’ai vu sortir de sous la galerie et prendre la fuite : un chaton. Un petit et maigre chaton. Un chaton roux et blanc, ressemblant à Mao sans aucun lien de parenté. Le chaton revenait et dévorait les bols de lait faits pour les très jeunes chatons. Mais dès qu’il me voyait, il fuyait. Un chaton né à l’extérieur, errant, n’ayant jamais vu ou approché d’humains. Il se rapprochait, a commencé à me tolérer à trente pieds, à rester sur le terrain en permanence, et jouait avec Mao.

Puis un matin, je me suis levée : Coco et le chien étaient dans la porte-patio, concentrés à regarder je ne savais quoi. J’ai vu Mao, qui n’était pas seul. Assis sur la plus haute marche, près de la porte, se trouvait avec lui une petite face qui ne semblait pas craindre les autres poilus à l’intérieur. Je devais ouvrir la porte sans trop être vue et faire en sorte que ceux à l’intérieur ne se retrouvent pas dehors. Le chien fut facile à mettre dans sa cage avec un os. Coco est trop curieux pour ne pas rester à inspecter la petite chose. J’ai ouvert la porte, Mao est entré immédiatement, suivi comme son ombre du petit. C’était le 19 septembre.

Je ne pouvais pas l’approcher ni le toucher, mais il était correct avec le chien et le chat. J’ai pris un rendez-vous chez le vétérinaire pour le faire examiner et vacciner.

Puis, le 22 septembre tard en soirée, j’ai entendu pour la première fois le petit miauler. Il était avec Mao sur le comptoir pour manger, et tout de suite j’ai vu que quelque chose n’allait pas avec Mao. Bouche ouverte, langue sortie, aucun mouvement d’estomac ou de tête comme s’il allait être malade. Je me suis précipitée, l’ai déposé au sol sur une serviette : il ne respirait pas. J’ai fait les manœuvres comme s’il s’étouffait, sa langue devenue bleue. J’ai changé pour les massages, les insufflations : l’air ne passait pas et je voyais qu’il était mou. Seuls ses yeux, qui me regardaient, me disaient qu’il ne restait que quelques secondes.

Je l’ai pris dans mes bras, collé contre mon cœur, je l’ai regardé tendrement en souriant et en le couvrant de « je t’aime ». Il a dû en entendre juste un… et il est parti. Je l’ai enveloppé dans sa doudou et je l’ai gardé dans mes bras toute la nuit à lui parler. Les trois autres sont restés à ses côtés sans déranger jusqu’au petit matin, quand je suis allée le porter pour la crémation.

Combien de temps, ou comment il a réussi à ramener avec lui un chaton à la maison, en lieu sûr, sachant que je m’en occuperais pour la vie… Je ne peux que me dire que c’est toi. Toi qui lui as appris la bonté, la générosité, la gentillesse, et qu’aider les autres est ce qu’il y a de plus satisfaisant, surtout quand ça fait toute la différence. Peut-être l’as-tu aidé de là-haut aussi. Je ne saurai jamais.

Il s’appelle Mika. Il a cinq mois maintenant. Je réussis à le flatter un peu, mais pas encore à le prendre. Mao avait été trouvé errant aussi, et quand je l’ai adopté à la SPA, il commençait à se laisser prendre par le personnel.

Et cette photo de toi et lui, que je regarde chaque jour, me demande ce que vous avez bien pu vous dire. Sentiez-vous tous les deux que votre séjour ici achevait?

Mario, tu as été — et tu es toujours — mon meilleur ami depuis si longtemps. And there are times when I have to shake my head because I can’t believe that you’re gone, and that I will never have the chance to say goodbye. I love you so much, my friend, and I miss you…